Pierre Curtil Portrait

Notice réalisée à partir du dossier de résistant de Pierre Curtil conservé au Service historique de la Défense de Vincennes (GR 16 P 153 250)
Je remercie les descendants de Pierre Curtil, enfants et petits-enfants, et plus particulièrement Jocelyne Szychowski – Curtil avec qui j’ai eu de fructueux échanges pour évoquer la vie de Pierre Curtil me permettant de détailler cette notice.
Elle m’a aimablement fourni sa photo.

Né le 23 septembre 1892 à Charnay, Perrigny-sur-Loire. 
Fils d’Henri Curtil, cultivateur, vigneron et Marie Rogier. 
La famille Curtil était établie à Perrigny depuis le début du 19ème siècle, leurs ancêtres vivaient à Issy l’Evêque et Marly-sous-Issy.

La famille Curtil est installée à la Bourse après la naissance de Pierre. Son grand-père et son père y sont cultivateurs et vignerons.
Henri Curtil, le père, y décède en 1920. Pierre Curtil a un frère Barthélémy Henri né en 1884 et mort en 1960 à Bourbon – Lancy ; il était charron.
Pierre Curtil est conducteur de travaux.
Il est incorporé le 4 septembre 1914 au 28ème Bataillon du génie de Belfort
Il est nommé caporal en 1916.
Il est blessé deux fois en novembre 1917 et le 25 avril 1918 au mont Kommel, dans les Flandres.
Il combat en Alsace, à Ypres en Belgique, à Verdun, au Chemin des Dames.
Il fait une guerre valeureuse. Il obtient cinq citations.

Citation à l’ordre du corps d’armée du 13 décembre 1916 :
« Très bon caporal. S’est distingué par son courage et son sang – froid pendant une progression importante et a contribué intelligemment à l’organisation du terrain conquis dans une attaque. »

Citation à l’ordre de la 133° division du 13 janvier 1917 :
« Caporal d’un très grand courage toujours au contact avec des sapeurs qu’il guide avec le dévouement le plus absolu ; a contribué sous un sérieux bombardement à la construction d’abris. »

Citation à l’ordre de la brigade de la 13° division du 4 novembre 1917 :
« Grenadier d’élite courageusement dévoué. Arrivé immédiatement derrière les premières vagues d’assaut, a nettoyé les abris ennemis, les a ensuite visités, capturant de nouveaux boches qui ne s’étaient pas rendus. »

Citation à l’ordre du 36° corps d’armée :
« Gradé superbe au feu, plein de courage et d’initiative. Apprenant qu’un obus était tombé sur l’abri d’une autre escouade, s’est précipité avec ses hommes sous un tir violent d’artillerie pour dégager ses camarades. »

Citation à l’ordre de la 133° division du 13 avril 1918 :
« Pour déterminer le moment utile de la destruction d’un passage de la patrouille sur la rive ennemie … jusqu’à la dernière minute. »

Décorations :
Croix de guerre avec 2 étoiles de vermeil et 3 étoiles d’argent - Médaille militaire

Il est démobilisé le 4 septembre 1919
Il sera réformé définitivement et touchera une pension d’invalidité de 25.

Démobilisé en 1919, à 26 ans, il revient à Perrigny. Il est sans emploi et décide de créer sa propre entreprise de travaux publics, au profit des régions dévastées par la guerre. Il opte pour la région du Chemin des Dames. Il va se spécialiser dans le déblaiement et les constructions d'urgence. C'est ainsi qu'il s'installe à Corbeny dans l'Aisne, au nord de Reims. Il y rencontre une Ardéchoise, qui, après avoir réussi un concours aux PTT, a été nommée dans l'Aisne. Ils se marient en 1923.

Le couple a deux enfants : Jean et Pierrette.  A partir de 1925, Pierre Curtil devient vigneron, il plante de la vigne. Il crée le domaine Saint – Marcoul, exploité aujourd’hui par ses arrière-petits-fils. Le vin produit est un vin pétillant. Il se lance dans le commerce de vin en gros.

En 1929, crise mondiale, misère chez les ouvriers agricoles et les petits exploitants. Il décide de les défendre et se lance dans la politique.

Il est élu conseiller municipal dans son village en 1935 puis conseiller de l’arrondissement de Laon, en 1937.

A son retour à Corbeny après l’exode de mai et juin 1940, il devient maire délégué. Une partie du territoire longeant les départements du nord et de l’est de la France, de la mer à la frontière suisse, a été déclarée Zone Interdite. Elle est séparée du reste de la zone occupée par la ligne du Nord – Est qui traverse l’Aisne. Les populations qui avaient fui ces territoires ne pouvaient pas retourner chez elles. Il aide de nombreuses familles à évacuer ainsi que les pensionnaires de l’hospice Matra et les religieuses chargées de leur soin. Il participe à la réorganisation de la vie civile tout en composant avec les forces d’occupation. Il organise dans sa propre maison les services administratifs et commerciaux (poste et alimentation) avant de récupérer maisons et locaux détruits ou laissés vacants par la population en exode.

Pierre Curtil s’est investi pour la récupération progressive des droits perdus par les populations, pour la délivrance d’Ausweiss pour circuler.

En mars 1941, il entre dans la Résistance à titre individuel. Un camp de prisonniers de guerre était établi à Corbeny, il faut faciliter les évasions. Il faut aider les aviateurs alliés tombés dans le secteur de Juvincourt.

Il est affilié au War-Office de Londres, ainsi que Lucien Borniche de Bouconville et Daniel Chapelet de Saint-Erme, membres très actifs du réseau local de résistance. Il est très certainement correspondant du S.O.E. Les contacts ont été facilités par l’ancien député S.F.I.O. de l’Aisne Jean Pierre-Bloch, qui deviendra par la suite membre du B.C.R.A. Le capitaine Michel du S.O.E., Michael Trotobas, créateur du réseau Prosper à Lille, était en liaison avec les trois hommes.

En février 1942 il est recruté par Lionel Lefèvre, dit Joseph Loiseau, chef civil et militaire de Libération Nord de l’Aisne. Il est en charge de la liaison avec le réseau de Reims et les résistants dispersés. Transmission d’informations, repérages pour créer des terrains de parachutage, aide aux soldats alliés en fuite ou évadés, projets de sabotage étaient les principales activités. Pour Pierre Curtil le message codé pour le contact avec Londres était « Le fil du téléphone est lié. »

A partir du 25 juin 1943, il est F.F.I. avec le grade de sergent.
Il est chargé de la livraison et du transport d’armes et d’explosifs entre le mouvement Libération Nord de l’Aisne et celui de la Marne.
Il est arrêté par la Gestapo de Reims le 5 juillet 1943 alors qu’il transportait des armes dans une camionnette de Corbeny à Reims. Il aurait été dénoncé.
Il est interné à la prison Robespierre de Reims jusqu’au 20 janvier 1944.
Il est transféré à Compiègne d’où il est déporté à Buchenwald le 24 février 1944.
Il disparait et est déclaré mort le 20 mars 1944 au camp de Mauthausen.

Décorations à titre posthume :

Croix de guerre 1939 – 1945 avec palme - Médaille militaire - Médaille de la Résistance

Son épouse Yvonne, solidaire des actions de son époux, sera maire de Corbeny de 1945 à 1961, Conseillère générale du canton de Craonne de 1945 à 1967.
Sa fille Pierrette, proviseur adjointe du lycée de Laon, sera, elle aussi, maire de Corbeny de 1985 à 1995, Conseillère générale de 1979 à 1988.

Des rues de Laon, Corbeny et Guignicourt portent son nom.

Le 30 avril 2019 j'ai demandé au maire de Perrigny-sur-Loire, Michel Lacroix, s'il serait possible de faire figurer le nom de Pierre Curtil sur le monument aux morts de sa commune natale.
Le 12 juillet 2019, le conseil municipal a donné son accord.

 

Eglise et monument aux morts

 Le monument aux morts de Perrigny-sur-Loire est situé près de l'église en surplomb de la route

Monument aux morts 2

 Vue du monument aux morts de Perrigny-sur-Loire depuis l'église

Gravure du nom de Pierre Curtil 2

 Gravure du nom de Pierre Curtil sur la face du monument aux morts de Perrigny-sur-Loire