D’après les travaux d’Ivan Avakoumovitch de l’Université de Colombie britannique, Vancouver

Les Brigades Spéciales des Renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris sont créées en mars 1940 et sont réactivées en été 1941.
Elles sont au nombre de trois :
Brigade spéciale 1 : recueil de renseignement – commissaire Fernand David
Brigade spéciale 2 : lutte contre le terrorisme – commissaire Réné Hénocque
Brigade spéciale 3 : renseignement, action dans la surveillance des étrangers

Elles ciblent particulièrement les communistes à partir de l’automne 1941 qui avaient organisés une série d’attentats et de sabotages en région parisienne.
900 perquisitions domiciliaires sont effectuées entre le 1er octobre et le 15 décembre 1941 par la Brigade spéciale 1.
L’occupant allemand renforce son dispositif répressif en France en envoyant à Paris le Kommando spécial pour les peines capitales.
Les coups portés aux communistes au début de 1942 ont déclenché les premières filatures d’un groupe dirigé par Arthur Tintelin. Dans une note du 8 mars 1942, le commissaire David de la B.S.1 souligne :
« …au cours des surveillances journalières, les inspecteurs de la Brigade Spéciale ont remarqué, aux environs de la rue Saint-Ambroise, des inconnus qui se retrouvaient à des jours et heures différents, se remettaient des paquets de dimensions variées, en prenant des précautions, donnant à ces rendez-vous un caractère nettement clandestin. »
Tintelin ayant été identifié, le commissaire David demande à ses inspecteurs de continuer les filatures et de surveiller les personnes sui seraient en liaison directement ou indirectement avec lui.

Goupe Tintelin
Constitué de Français à la différence de groupes comme celui de Manouchian.
Les femmes représentent un tiers des personnes arrêtées en juin 1942 ; certaines étaient les épouses ou les concubines de ceux qui avaient été déjà arrêtés. Elles étaient sans profession, comptables, sténo dactylo, étudiantes. Elles avaient un rôle plus modeste que celui des hommes (travaux de saisie de documents, liaison, transport de tracts et matériel).
Angèle Girard faisait partie de la direction du groupe.
Les hommes étaient des manuels et des ouvriers.
Elles et ils étaient en général militants de base, inscrits au Parti communiste et aux Jeunesses communistes dans les années de guerre, avec des adhésions à partir de 1936.

Arthur Tintelin était ajusteur outilleur ayant travaillé chez Renault. Il adhère aux Jeunesses communistes en 1936.
En 1942 il assure le paiement des graveurs et photograveurs, règle les mensualités des militants sous son contrôle, négocie avec les imprimeurs non communistes pour assurer le tirage des outils de propagande du parti.
Sur les 60 personnes arrêtées :
17 avaient des faux papiers,
25 étaient apparentées au Parti communiste et percevaient entre 1500 et 2500 francs, les femmes un peu moins.
Lors des arrestations deux postes émetteurs ont été découverts à Gagny.
Selon la B.S. 1 « un couple arrêté en juin 42 était spécialement chargé d’héberger d’importants militants communistes qui émettaient des messages et des mots d’ordre destinés aux éléments communistes ».
La police s’intéresse à ce groupe parce que ses militants appartiennent au triangle de direction des Jeunesses communistes de la région parisienne alors que ceux-ci étaient impliqués dans la lutte armée. Le groupe s’occupait de la confection et la distribution du matériel de propagande qui avait son importance et démontrait que le Parti communiste pouvait répondre et riposter avec efficacité aux messages et ordres du gouvernement de Vichy. Cette forme d’activité nécessitait beaucoup d’énergie pour étendre le réseau à des imprimeries non communistes. La distribution du matériel de propagande nécessitait une logistique qui devait échapper à la vigilance de la police et des Allemands. Le manque de lieux de stockage des tracts et autres documents obligeait à avoir recours à des chambres, des appartements des militants et sympathisants. Il y avait une distribution en région parisienne mais aussi des acheminements vers la province. Bien de ces dépôts sont identifiés et découverts. La B.S.1 découvre six dépôts du groupe l’un contenant 900 000 tracts.

La publication et la distribution du matériel de propagande nécessitaient un grand nombre d’initiatives : activités de faussaire, planques, contacts réguliers avec la direction du Parti qui fournissait les textes à imprimer.
Selon le commissaire David : « les inspecteurs ont découvert lors de leurs filatures un certain nombre d’individus dont la mission consistait à remettre aux techniciens proprement dits soit des enveloppes contenant des textes manuscrits soit des paquets dans lesquels se trouvaient les zinc destinés aux imprimeurs, ou encore à livrer les produits achevés. Le texte manuscrit passait par un agent de liaison à la composition typographique. Un nouvel agent de liaison prend alors la feuille à grand format, qui par un autre canal, et après correction s’il y a lieu, est dirigée vers l’atelier ; le papier, l’encre et le matériel nécessaire au tirage étaient livrés par d’autres militants. Ce sont encore d’autres liaisons qui prennent les tracts imprimés, les placent dans des dépôts et en assurent l’expédition. »
On peut imaginer l’implication d’un nombre important de personnes impliquées dans cette activité avec le respect de la sacro-sainte règle du cloisonnement. Malgré tout des failles existent dont les Brigades spéciales vont profiter dans leur lutte. Des circulaires émanant de la direction du P.C.F. et des Jeunesses communistes vont être interceptées. Ces textes se plaignent de l’insouciance et de la bravade des jeunes communistes qui ne respectent pas les règles.

Les Brigades spéciales profitèrent donc de ce relâchement pour faire leur travail de filatures, repérages et renseignements durant parfois plusieurs mois pour une même personne afin de procéder à plusieurs arrestations. Le désir des policiers de la BS1 était de remonter la filière du groupe Tintelin jusqu’à la direction clandestine du P.C.F. Elles avaient repéré l’agent de liaison entre la direction et Tintelin, un nommé Hautin (nom d’emprunt) mais elles ne parvinrent pas à localiser son domicile.
Les arrestations massives ont eu lieu dans la nuit du 17 au 18 juin 1942. Elles se firent en vertu de la législation anticommuniste de 1939. Elles concernèrent aussi bien les membres du réseau que la direction clandestine des Jeunesses communistes. Cette prise policière est due à un couple qui commit la maladresse d’être agents de liaison pour le groupe Tintelin et les Jeunesses communistes.

Selon les archives de la police nombre de militants communistes furent surpris pas la somme d’informations détenue sur eux. Beaucoup étaient porteurs de faux papiers, de tracts, de messages, ce qui les condamnait immédiatement aux yeux des policiers. Certains ont nié, d’autres ont données quelques informations qui ont été jugées utiles par les policiers, ce qui leur permit de poursuivre les arrestations. Les pressions psychologiques et la torture ne sont pas évoquées.

Une fois le travail de police terminé, les Brigades spéciales remirent les personnes arrêtées aux autorités allemandes :19 femmes seront déportées, 36 hommes seront fusillés comme otages